Les extraits

A piece of black paper that has been folded

" La première chose dont je me souvienne, c’est l’odeur d’humidité. Celle qui pique les narines donne une sensation de ne pas pouvoir respirer, qui brûle les poumons. Elle semblait venir de partout autour de moi. Impossible de me souvenir où je me trouvais. J’avais beau avoir les yeux ouverts c’était le noir complet. Aucune lumière résiduelle. La seconde sensation fut le froid. Un froid mordant. Comme celui de la mort. Ambiant. Lourd. Lui aussi partout autour de moi. Comme si j’étais dans le néant. Comme si la Mort elle-même m’avait enveloppée de son grand manteau.

Les seules choses qui me parvenaient étaient des bruits étouffés. Comme des gouttes d’eau tombant sur le sol à intervalles réguliers. Et l’écho qui s’en suivait. Se répercutant partout dans une pièce immense. L’odeur d’humidité venait de là, à n’en pas douter. Encore une sensation de froid, mais, cette fois-ci, au bout de mes doigts. Une surface lisse, sans aucune aspérité, à quelques centimètres de moi. Comme si… Comme si je me trouvais dans une sorte de sarcophage. Du marbre ? Ou une pierre lui ressemblant en tout cas. Une sensation de panique commença à monter en moi. Avais-je réellement été enfermé vivant dans un mausolée ? "

Extrait de l'Héritier des Cryptes - Tome I de la Couronne d'Ombre

a piece of white paper with a cross on it

" Un craquement, brutal, comme si la forêt elle-même avait retenu son souffle avant de le relâcher. Une odeur musquée, animale, s’infiltra dans l’air, lourde, presque suffocante. Une respiration, profonde et rythmée, vibra quelque part dans l’ombre. Mon cœur s’emballa. D’un bond, je me redressai, ma main trouvant instinctivement la poignée usée de ma faux, appuyée contre le tronc rugueux où je m’étais reposé.

Puis, je le vis. Immense. Impérial. Un cerf se dressait devant moi, ses bois noueux s’élevant comme une couronne d’ébène, défiant le ciel. Ses yeux, sombres et insondables, me fixaient, porteurs d’un avertissement silencieux :

Cette forêt est mienne. Ta présence n’est qu’un privilège.

Le vent s’était tu, et l’air semblait vibrer d’une tension sacrée.

Je retins mon souffle, mes doigts crispés sur la faux. Lentement, je relâchai l’arme, ma main tremblante s’avançant dans un geste hésitant. Il ne bougea pas. Pas un frémissement. Ses naseaux frémirent, expirant un nuage tiède dans l’air frais. J’avançai d’un pas, puis d’un autre, le sol craquant sous mes bottes. Ma paume effleura son chanfrein, doux et chaud, comme une étoffe vivante. À ma surprise, il inclina la tête, pressant son museau contre ma main, un geste d’une intimité presque irréelle. Mon pouls martelait mes tempes, partagé entre l’émerveillement et une crainte instinctive. Ce n’était pas une simple rencontre. C’était un pacte, fragile, entre l’homme et la bête, scellé sous le regard ancien de la forêt.

Aurais-je été abordé de la sorte par le gardien de la forêt si j’avais bel et bien été un monstre ? Cette question me faisait m’interroger sur ma nature profonde. Depuis mon réveil, beaucoup de choses me préoccupaient. Mes dons - je portais instinctivement la main sur les runes qui ornaient mon poignet - mes souvenirs effacés, ma condition. Pouvais-je encore être considéré comme humain ? Et pourtant, cet être majestueux était venu me voir en personne. J’esquissais un sourire. Tout n’était sans doute pas perdu de mon côté. "

Extrait de l'Héritier des Cryptes - Tome I de la Couronne d'Ombre

A piece of black paper that has been folded

" Comme au village de Sélène, je plongeai la main dans ma bourse, saisissant une pincée de poussière d’os. D’un murmure guttural, je fis naître des lames d’os acérées, flottant devant moi, leurs contours ternes vibrants d’une impatience mortelle. Dissimulé derrière un chêne noueux, assez large pour m’engloutir dans son ombre, j’attendis. Un premier soldat passa sur ma gauche, son armure luisant faiblement. Une lame s’élança, tranchant sa carotide d’un coup net. Il s’effondra dans l’humus, un gargouillis abject s’échappant de sa gorge tandis qu’il griffait son cou dans un sursaut désespéré, son corps heurtant le sol dans un bruit sourd. Quelques spasmes, puis le silence.

« Lève-toi, » murmurai-je, presque inaudible.

Le soldat se redressa, ses yeux vides prêts à obéir. Un second, à ma droite, s’approcha, alerté par le bruit. Une autre lame lui trancha la gorge, son sang giclant dans un borborygme étouffé. Les sons attirèrent les autres, leurs pas précipités convergeant vers moi. Sans hésiter, j’envoyai mes dernières lames, qui frappèrent avec une précision chirurgicale, fauchant les nouveaux arrivants. Guidé par un instinct primal, je relevai chaque corps, formant un noyau de serviteurs nouvellement armés, leurs épées et armures volées renforçant notre puissance d’attaque. "

Extrait de l'Héritier des Cryptes - Tome I de la Couronne d'Ombre

a piece of white paper with a cross on it

" Nous quittions la désolation de Cendregarde pour les terres luxuriantes d’Arvendral, un royaume verdoyant où la vie semblait défier la malédiction de notre fief. Les récits de Kaelen décrivaient des forêts d’émeraude, des rivières scintillant sous un soleil insolent. Mais Arvendral était aussi le berceau de l’Inquisition, dont les bannières blanches et cramoisies flottaient comme des spectres dans les bastions fortifiés, prête à traquer toute trace de nécromancie. Mes dons, s’ils étaient découverts, feraient de nous des proies, et l’idée d’affronter un ennemi de plus – les elfes, peut-être, ou les zélotes de l’Ordre – pesait lourd sur mes épaules.

Le convoi s’ébranla, les roues crissant sur les pavés disjoints, laissant derrière nous les remparts et les visages anxieux des villageois. La route s’étirait, engloutie par un brouillard cendreux qui s’effilocha peu à peu, cédant la place à des collines tapissées d’herbes folles, puis à des bosquets où les premières touches de vert éclataient, défiant l’aridité des Terres Maudites. Arvendral se dévoilait, luxuriante et menaçante, ses frondaisons bruissant d’une vie qui semblait à la fois promesse et piège. Chaque craquement dans les sous-bois, chaque ombre dansante sous les feuillages, faisait vibrer mes instincts, comme un écho des ruines que nous cherchions – celles qui, je le savais, détenaient les clés de mon passé oublié. "

Extrait de l'Héritier des Cryptes - Tome I de la Couronne d'Ombre

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" Une partie de mon passé venait de m’être rendu. Même s’il ne m’apprenait que peu de choses. J’avais la sensation d’une identité à demi retrouvée. Je devais étudier ce lieu si je voulais en apprendre davantage.

« Qui est là ? »

La voix sortait d’une des alcôves du fond, dissimulée à ma vue par l’immensité de l’autel. Je me redressais péniblement, mes muscles hurlant de douleur sous l’effet de la crispation, tout en prenant appui sur ma faux pour achever de me déplier. Contournant l’édifice en pierre qui me barrait la vue, je m’approchais de la source du bruit. Derrière moi, mort silencieuse, attendait patiemment mon armée en quête d’instruction.

« Par Luthien, mais qui êtes-vous ? »

Une silhouette émergea des ombres du temple, un homme d’âge mûr dont la présence semblait défier l’oppression des lieux. Sa robe, d’un bleu fané, presque spectral sous la lueur verte des murs, était élimée, ses pans déchirés traînant sur le sol rugueux comme un suaire effiloché. Les coutures, jadis ornées de motifs complexes, pendaient en lambeaux, marquées par des années de négligence ou de voyages périlleux. Il avançait avec une prudence maladive, chaque pas mesuré, comme s’il craignait de réveiller quelque chose tapi dans l’obscurité. Dans sa main droite, il serrait une lanterne ancienne, sa lueur orangée vacillante projetant des ombres dansantes sur les parois humides, à peine suffisante pour percer les ténèbres épaisses du sanctuaire. [...]

« Puis-je me permettre de vous demander ce qui vous conduit en ce lieu ? » dit-il, sa voix rauque vibrant dans l’air humide du temple. « On ne s’aventure pas ici par hasard. »

Je le scrutai de haut en bas. Il ne faisait aucun effort pour dissimuler l’intensité avec laquelle il m’étudiait, comme s’il cherchait à déceler une vérité cachée sous ma cape.

« Vous semblez… chez vous, » ajouta-t-il, un éclat malicieux dans les yeux.

Sa remarque fit frémir mes stigmates, un écho de la vision qui m’avait hanté : ce temple, avec ses fresques de nécromants et son autel d’os, était lié à mon passé oublié.

« Une étrange énergie émane de cet endroit, » répondis-je, ma voix mesurée masquant l’agitation dans mon esprit. « J’ai voulu en découvrir la source. »

Il inclina la tête, un sourire énigmatique étirant ses lèvres sèches."

Extrait de l'Héritier des Cryptes - Tome I de la Couronne d'Ombre

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" « Hérétiques ! » tonna sa voix, amplifiée par la magie, « votre temps est fini ! »

L’air était saturé de poussière d’os, soulevée par les brasiers encore fumants, un nuage âcre de cendres animales flottant sur le champ de bataille. Mes stigmates s’embrasèrent, un feu noir jaillissant dans mes veines, et je sentis le pouvoir brut de la nécromancie répondre à mon appel.

« Vous venez purger la mort, » hurlais-je, ma voix grave se mêlant au vent, « mais la mort est mon domaine. »

Je levai les mains, mes stigmates battant en rythme avec la poussière d’os, et invoquai un sort ancien, puisé dans les secrets des Façonneurs de Morts. "

Extrait de l'Héritier des Cryptes - Tome I de la Couronne d'Ombre

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